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Curl Talk - Eléonore

Eleonore

Depuis l’enfance, j’ai toujours eu les cheveux bouclés. Les boucles se sont renforcées au fil du temps pour atteindre leur apogée vers mes 8-9 ans. Il y avait ceux qui aimaient et m’appelaient boucles d’or, il y avait les autres qui m’appelaient le caniche. Il y a aussi des camarades qui m’ont surnommé « mouton » : ce n’était pas péjoratif, c’était affectueux.

Le rejet des boucles

Pourtant, il y a toujours eu une part de moi qui rêvait de cheveux lisses. Adolescente, j’étais persuadée que je plairais plus aux garçons avec des cheveux bien lissés. C’est la raison pour laquelle je me présentais aux « grands événements » tels que bal du lycée, ou encore plus tard le gala de SciencesPo après avoir fait un brushing.

Je ne sais pas pourquoi je suis restée si longtemps hermétique aux compliments sur mes boucles. Alors que depuis l’enfance, beaucoup de personnes me disaient de gentilles choses, je suis restée focalisée sur ceux qui critiquaient ma chevelure : ma tante qui disait que mes cheveux étaient de la paille, certains collégiens se moquaient de ma « touffe ». J’ignorais tous les autres commentaires bienveillants que je recevais…

Des traitements infligés d’inutiles à très mauvais

En parallèle, ma mère a toujours été ambiguë dans sa manière de traiter mes cheveux. Elle m’a toujours acheté beaucoup de produits pour en prendre soin – même si ceux-ci étaient en fait mauvais vu leur composition, mais à l’époque nous ne le savions pas et leur achat partait d’un bon sentiment. Mais en parallèle, elle me poussait souvent aux lissages, ignorant que ceux-ci pouvaient avoir des dommages irréversibles…

L’apogée de mes bêtises avec mes cheveux s’est concrétisé avec un lissage brésilien. Vous savez, ce traitement que bon nombre de coiffeurs font passer pour un « soin en profondeur » mais qui tue votre cheveu. Un premier temps ravie du lissage permanent, j’ai vite constaté que mes cheveux lisses et fins étaient en fait ridiculeusement sans intérêts. Mes cheveux étaient abimés, et les repousses bouclées ont vite fait tâche.

Une transition… capillaire mais pas seulement

A la suite de cette erreur capillaire, j’ai par hasard découvert un groupe facebook qui m’a ouvert les portes du naturel. J’ai lu les informations pendant quelques mois avant de sauter le pas de la transition. C’était en 2015 : je ne me suis plus jamais lissé les cheveux, je n’ai plus jamais mis de silicones non plus.

Si à la base je me suis tournée vers le naturel pour prendre soin de mes cheveux, j’ai vite découvert toute la dimension « sociale » qu’il y avait dans le rejet des cheveux bouclés et du volume. Jusque-là, la société m’avait poussé à acheter des produits « miracles » aux effets désastreux, à rejeter ma nature, et à vouloir rentrer dans un moule selon des critères de beauté bien définis. J’étais persuadée que je ne plairais à aucun homme sans lissage car mes cheveux m’enlaidissaient…

Avec ma transition dans le naturel, c’est un long travail de déconstruction qui a commencé. J’ai à ce sujet une anecdote intéressante : alors que je cherchais du travail et que je m’étais inscrite à Pôle Emploi pour obtenir des certificats, j’ai dû passer un entretien obligatoire au cours duquel la conseillère m’a suggéré de m’attacher les cheveux en chignon ou en natte le jour où je passerai mes entretiens d’embauche. Le plus déchirant n’est pas ce commentaire à l’égard de mes cheveux, c’est que la conseillère avait elle-même les cheveux crépus, et que son conseil devait relever de sa propre expérience… Pourtant, j’ai décidé d’assumer fièrement mes cheveux bouclés.

D’ailleurs, cette transition est allée de pair avec de nombreux autres changements dans ma vie : le choix de ne plus jamais faire de régime, le souhait de me tourner vers un mode de vie plus minimaliste, l’implication dans des combats environnementaux…

Assumer ses boucles à 100% et le naturel

Depuis ma transition, je n’ai jamais autant pris soin de mes cheveux, et je ne les ai jamais autant assumés. J’adore choisir les ingrédients qui serviront de masque capillaire dominical, j’adore découvrir de nouveaux produits respectueux de la nature de mes cheveux. Je n’ai aucune honte à m’afficher avec une charlotte sur la tête devant mon copain, laisser poser mon henné avec un foulard dessus et aller faire mes courses, ou encore afficher fièrement mon ananas du soir pour aller me coucher. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai plaisir à partager ces méthodes sur mon blog ou mon compte instagram.

Cette acceptation doit certainement jouer un rôle car je n’ai jamais reçu autant de compliments sur mes cheveux, mon volume. En milieu professionnel, j’assume désormais complètement mes cheveux. La plupart du temps, ils sont lâchés et affichent un bon volume. Concernant le naturel, mes collègues sont amusés et intrigués par mes recettes capillaires maisons, certains de mes amis disent que je suis une « druidesse ». Même s’il m’est arrivé de recevoir des blagues sur mes cheveux, je remarque que la plupart des personnes sont en fait sincères dans leurs compliments. Certains vont jusqu’à vouloir toucher mes cheveux par fascination…

Une personne qui assume ses cheveux, qui assume qui elle est

Je n’ai pas vocation à avoir mes cheveux pour obsession, néanmoins leur acceptation est une part importante de mon parcours, puisqu’elle m’a ouvert la porte du naturel et de la confiance en moi. Je suppose que cela fait partie du chemin lorsqu’on quitte l’adolescence : jeune adulte, on s’accepte plus facilement tel qu’on est et on passe outre les taquineries qui nous auraient blessées auparavant. Je suis néanmoins heureuse de la porte ouverte par le passage au naturel : le rejet des diktats de beauté, d’un modèle unique du beau, mais également des industries cosmétiques polluantes, et dernièrement de la consommation exacerbée. Et je garde en tête que des personnes racisées ont encore plus besoin de soutien dans ce parcours.

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